« Notre introduction en bourse est avant tout une démarche citoyenne pour améliorer le rendement de l’économie tunisienne en dynamisant la Bourse ». C’est par ces quelques mots, que Moncef Mzabi, Président Directeur Général d’Artes, résume cette nouvelle entrée sur la cote de la BVMT. Moncef l’un des trois frères de la famille Mzabi, qui avait repris Renault Tunisie et l’ont fait passer de 5 MDT de perte à une position bénéficiaire de quelque 20 MDT. Une entrée aussi où ils ont voulu faire le mixe entre investisseurs locaux et étranger, pour se donner les moyens de dessiner de nouvelles perspectives au groupe, avec l’aide de certains de ces investisseurs étrangers. De tout cela, nous avons parlé avec Moncef Mzabi. Interview.
Pourquoi avoir accepté l’introduction d’un aussi grand groupe dont la capitalisation, est presque jugé en dehors de la capacité de la bourse ?
On me l’a demandé, je l’ai fais car il faut bien que quelqu’un commence par s’investir dans l’action nationale de dynamisation de la bourse de Tunis. Pour le faire, il faut faire entrer la société sur la cote, car nous sommes sûrs, que dans deux ou trois ans après son introduction, notre entreprise se hissera, en termes de résultats, chiffre d’affaires et rentabilité, à des nouveaux niveaux de croissance, grâce à cette entrée en bourse. Une entrée qui profitera donc à l’entreprise et aux épargnants car nous sommes sûrs aussi que le prix de son action va monter.
Je crois par ailleurs que l’économie tunisienne sera nettement plus forte avec une bourse plus dynamique. Cela veut dire qu’il faut que les sociétés qui rentrent sur la cote de la bourse de Tunis, soient des entreprises en bon état financier, en bon état de gestion et de gouvernance. Tout cela, nous le sommes.
Vous êtes si optimistes, que vous promettez une entrée en bourse chaque année ? Est-ce que ça veut dire qu’au bout de dix ans nous verrons tout le groupe M’zabi côté à la bourse ?
C’est en tous cas, notre objectif et notre volonté manifeste, car nous croyons que cette cotation est indispensable pour tout le groupe. IL faut pourtant que je vous fasse noter qu’en faisant entrer Artes en bourse, nous ne sommes pas gagnants ! D’abord nous cédons prés de 40% de notre société et une valorisation de presque 264 millions de dinars, alors que selon tous les étrangers qui vont acheter des actions de notre société et qui ont fait des « due diligences », des valorisations à Londres, en France et à Dubaï par de grandes sociétés telles que Price Water House Cooper’s et Ernest & Young, la valorisation la plus basse d’Artes a été de 316 millions de dinars. Nous avons accepté 263,4 millions de dinars afin de permettre aux tunisiens d’épargner dans ce type d’activité prometteuse.
Pourquoi aussi avoir choisi de mettre sur la bourse de Tunis une partie moindre de ce que vous allez donner à des partenaires stratégiques étrangers et 30% pour les partenaires stratégiques ?
Vous imaginez qu’il aurait été possible de vendre les 40% du capital de la société Artes, avec une valorisation de 263,4 millions de dinars, sur la Bourse de Tunis et uniquement pour les investisseurs locaux ? Cela aurait été trop difficile. Le marché tunisien ne peut pas absorber 40% de 263,4 millions de dinars dans une seule introduction. Nous avons voulu, diversifier cette action par l’introduction d’investisseurs étrangers et nous laisserons plus tard 9 % flottants pour qu’il y’ait de la liquidité.
Et quelle sera la véritable valeur ajoutée attendue de ces partenaires stratégiques ? Sur quelles bases a été fait le choix de ces partenaires ?
Nous n’avons choisi que des partenaires avec qui nous aurions des synergies. Ce sont des fonds d’investissements qui investissent dans l’industrie automobile et dans les composantes automobiles et ce sont des gens avec qui, éventuellement, nous serons amenés à avoir des projets industriels en Tunisie, parce que ces fonds de placements et ces groupes sont très intéressés par le business des composantes automobiles et du commerce automobile en général.
Pourtant vous avez aussi fait le choix de ne donner à chacun de ces investisseurs et fonds d’investissement qu’une petite partie du capital. Pourquoi ce choix ?
Il y a en effet une multitude de petits participants à cette opération. Mais il y aura aussi quatre ou cinq gros participants à savoir dans des proportions allant de 4%, 5% à 6%. C’est avec ces gens là que nous allons avoir des synergies.
Et quels sont ces participants là ?
Il y’a des fond d’investissements du Bahreïn, de Dubaï, d’Abu Dhabi notamment.
Et c’est avec eux que vous avez des programmes de coopération en route?
Nous avons identifié des groupes avec qui nous pourrions avoir des programmes potentiels de coopération et avec qui nous avons discuté si c’est possible de synergies pour investir et pour créer de nouveaux projets, et ils sont totalement d’accord et nous ont choisit parmi les sociétés sélectionnées.
Dans le détail des perspectives que vous offrez à ceux qui vont entrer dans le capital d’Artes, vous avez présenté un business plan qui table sur une évolution des ventes de plus de 40%. On pourrait donc se demander, comment pourriez vous prévoir une aussi grande évolution, alors que le Dinar se dévalue par rapport à la monnaie européenne et que le prix du pétrole flambe et on pourrait même assister à une diminution des achats même si votre quota augmente !
Concernant ce taux d’augmentation de nos ventes de 40%, on s’est basé sur la moyenne des années passées. Pour les années à venir nous positivons et nous pensons que le marché va avoir les mêmes critères d’augmentation que les années passées. Pour le pétrole, c’est vrai que son prix ne cesse d’augmenter, et c’est certes un point faible. Pour ce qui est de la monnaie et l’euro qui ne cesse d’augmenter, c’est en effet une composante importante dont il faudra tenir compte et nous espérons que c e ne sera que le fait d’une conjoncture temporaire.
Qu’est ce qu’une entrée en bourse pourrait ajouter au groupe Mzabi, à savoir un groupe de multitude d’entreprises avec des chiffres d’affaires importants, qu’est ce que cela pourrait vous ajouter ?
Notre introduction en bourse est avant tout une démarche citoyenne pour améliorer le rendement de l’économie tunisienne en dynamisant la Bourse. Commercialement, ce n’est pas une très bonne affaire car nous aurions pu avoir une plus grande valorisation, si on avait attendu deux ou trois années, introduit de nouvelles marques et réalisé un chiffre d’affaire plus important. Mais nous avons opté pour l’entrée en bourse, pour participer à l’évolution de notre économie et pour participer à l’évolution d’un pays, le notre, qui nous beaucoup donné et aidé pour arriver là où nous sommes maintenant.