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Vendredi 19 Mars 2010

9-01-2008 : Tunisie : Le bradage, l’endettement, l’œuf et la poule !
K. Boumiza

Le nouveau ministre du tourisme, Khalil Lajimi, a fait mardi 8 janvier 2008, sa première sortie devant la presse nationale et internationale, pour donner plus d’éclairages sur les dernières mesures, prises par le Chef de l’Etat tunisien, en faveur du secteur touristique.

Il s'agit essentiellement de l'amélioration de la stratégie de commercialisation, de l'accélération du rythme de réalisation du programme de mise à niveau des unités hôtelières qui rencontrent des difficultés en encourageant les fonds d'investissements à acquérir ces unités, du traitement du dossier de l'endettement des unités hôtelières, de l'identification des défaillances et prise des mesures nécessaires, de veille à assurer la gestion des unités hôtelières par des cadres professionnels spécialisés et du développement du contrôle des hôtels et des différentes unités touristiques concernant les ressources humaines et le cadre réglementaire.

Le silence du ministère !

On remarquera, dans cette conférence de presse, le manque de transparence du ministre, qui a toujours refusé de donner des détails sur les sujets à propos des quels les questions de journalistes ont été nombreuses. On notera ainsi, lorsqu’il parle du programme de mise à niveau qui concerne 48 unités, dont seulement deux seulement (!!) ont fini le programme en au moins deux années d’existence de la cellule chargée de la mise à niveau, que le ministre se limitera à dire que «nous avons constaté les défaillances et avons décidé de continuer », sans autres détails sur ces défaillances. On se rappelle pourtant, que depuis sa création, la cellule chargée de la mise à niveau industrielle sur laquelle a été calquée celle du tourisme, a toujours été claire et communicante sur ces défaillances. Cela faisait même presque partie de la thérapie, pourtant financée par l’Etat et l’argent du contribuable ! Même réaction de silence, lorsque le ministre a annoncé la fermeture de 9 hôtels et de 15 agences de voyages, un silence qui risquerait de ne pas donner les fruits attendus de cette action répressive !

Le ministre a-t-il les chiffres de l’endettement et des endettés ?

Second important volet traité lors de cette conférence de presse, en dehors des niveaux baissiers de certains marchés apporteurs de devises à tel point que les Libyens sont devenus premier touristes en nombre (ils habitent pourtant très rarement les hôtels comme les Algériens qui étaient à la 3ème place des pays émetteurs), la question de l’endettement du secteur du tourisme. Là aussi, le nouveau ministre du tourisme était resté très vague, évitant chaque fois de donner des informations précises, tant sur le montant des dettes, que sur les endettés indiquant qu’il «n’a pas de chiffres exacts à présenter » et que «c’est la Banque Centrale qui a les dossiers ».

Interrogé par Africanmanager, en marge de sa conférence de presse, sur la véracité des chiffres sortis dernièrement par l’agence de notation Fitch qui affirmait que «la dette d’un hôtel 4 étoiles en Tunisie, représente 7,9 fois son résultat d’exploitation (avant amortissement, avant rémunération du capital, avant charges financières, banques et impôts). Cela veut dire que cet hôtel devra travailler au moins sept années et consacrer ce résultat d’exploitation au seul paiement de sa dette ! Ce même ratio est de 7,1 pour un hôtel cinq étoiles », le ministre n’ira pas plus loin et se contentera de dire que «si Fitch a eu accès aux chiffres de la BCT, c’est que ce sont les bons », refusant toujours d’être clair sur cette enveloppe que les banques tunisiennes et notamment publiques, devront passer en perte et faire provisionner par de l’argent qui viendra, soit des caisses de l’Etat, soit des bénéfices des actionnaires ! On n’en tirera que le «moi je n’ai pas encore les chiffres, je ne les ai pas encore demandés. On a créé une commission entre nos services et ceux de la BCT, pour essayer de cerner ces chiffres » ! Le ministre avoue même, mais peut-être ne veut-il pas simplement le dire, qu’il n’a «aucune idée sur le nombre des unités hôtelières en difficultés financières. La source fiable sur cette question est la BCT, point à la ligne», nous lance-t-il. Il ajoutera par la suite que «Fitch a sorti un tableau révélateur, je n’en connais pas la source, qui parle des créances accrochées pour l’ensemble de l’économie, par rapport au niveau de l’endettement du secteur. Le seul secteur qui a un chiffre pratiquement double, au niveau des créances accrochées par rapport au niveau de l’endettement du secteur est celui du tourisme. C’est un chiffre qui démontre que ce secteur a des difficultés financières. Quel est le chiffre absolu et le nombre d’unités, il y a un travail à mener et qui sera fait rapidement».

Qui vient en premier ? L’endettement ou le bradage ?

Il faut noter ici, ce lien direct, fait par le ministre et son ministère, entre les difficultés financières et le phénomène du bradage. Interrogé par Africanmanager sur les causes de cet endettement, Khelil Lajimi affirme que «les difficultés financières des unités touristiques viennent du bradage, qui doivent vendre à tout prix, qui subissent la pression des TO et que l’on doit aider à surmonter ces difficultés financières ». Il ajoute ensuite que «ce problème de l’endettement est à étudier en profondeur avec les services de la BCT, avec l’ensemble du secteur bancaire pour trouver une solution aux unités surendettées». Le ministre insiste même, lorsqu’il nous parlera de la solution à trouver avec les banques et la BCT, en martelant qu’ «il faut lier l’endettement ou le surendettement par rapport au bradage des prix » et d’ajouter que le diagnostic fait par son ministère démontre que «le bradage vient des unités en difficultés». Lien est ainsi fait entre cause et effet et ce lien en deviendrait presque une explication, sinon une excuse et presque même une absolution de toute autre faute, de gestion ou de mauvais investissements, pour ne citer que cela ! Il est pourtant de notoriété publique, que cet endettement est antérieur au bradage et qu’il a, peut-être, été la cause du bradage. Il est sûr que ce n’est pas le contraire, les bilans de banques telles que la STB et l’héritage qu’elle traîne de la BNDT, le prouveraient aisément !

En attendant, le bradage continue !

En attendant, le bradage continu. Casino Vacances offre en effet 3 semaines à l'hôtel Club Oasis Marine, un 3 étoiles de Zarzis, à 691 € TTC, ce qui revient à dire à 40 TTC euros la journée, avec avion aller et retour et transferts compris et activités gratuites de hammam, cours de cuisine tunisienne, de danse orientale et latino, aquagym, cinéma, balade pédestre ! Sera-t-il puni comme l’a annoncé le ministre, ou verra-t-il au moins exercer sur lui les pressions par la qualité et les mesures de rétorsion promises par le ministre lors de sa conférence de presse ? Et le TO qui le vend sera-t-il radié du budget communication ? Wait and see !



Réaction(s) à l'article de la part de :

L'Observateur  
Imed MARZOUKI  
Chiraz Hajri  
karim abed  

 

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