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Samedi 04 Juillet 2009

12-12-2007 : Tunisie : Les quatre vérités d’un secteur au bord de la sinistrose !
Source : Fitch

Alors que les chiffres, officiels, ne cessent de mettre en valeur la bonne santé du secteur du tourisme et de montrer ses chiffres toujours à la hausse, un rapport publié hier par l’agence de notation Fitch met en exergue la grande fragilité d’un secteur, hué dernièrement par tout le monde, à cause notamment de la politique de bradage de prix qu’il pratique. Tel que présenté officiellement en effet, le bilan global de l’industrie tunisienne du tourisme semble positif avec un nombre de visiteurs qui a atteint un record de 6,5 millions de touristes en 2006 et celui des nuitées qui se redresse depuis 2004, et surtout les recettes en devises qui ont atteint des niveaux sans précédent. Des chiffres que les communiqués de la BCT mettent chaque mois en exergue.
Dans ce rapport consacré au tourisme tunisien, Fitch insiste sur les problèmes structurels du tourisme tunisien qui sont «la surcapacité hôtelière sur le littoral, la faible diversification du produit touristique, un pouvoir de négociation des prix de vente défavorable aux opérateurs, l’étroitesse de la stratégie marketing et l’endettement élevé des entreprises hôtelières, [et qui] constituent autant de freins à une relance de la croissance du secteur et l’amélioration de sa rentabilité».
Fitch remet aussi en question le «bilan de prime abord positif du tourisme tunisien » qui se fait officiellement, et met en exergue des problèmes réels et qu’on cache aussi officiellement. Des problèmes, notamment à travers des «indicateurs tels que la réduction de la durée moyenne de séjour des touristes au cours de la période 2002-2006, la baisse des taux d’occupation et les progrès à peine perceptibles enregistrés en termes de revenus par touriste». Fitch affirme à ce sujet, que «ces chiffres masquent d’autres réalités: une durée moyenne de séjour des touristes, pour la période 2000-2006, qui chute de 6,6 à 5,2 jours; des taux d’occupation qui passent de 50,6% à 43,5%; et une augmentation à peine perceptible des recettes unitaires par touriste, passant de 414 DT à 431 DT».
Et l’agence de notation d’enfoncer un peu plus le clou de la vérité et de dire tout haut ce que tous les responsables du secteur touristiques disent tout bas ou cachent même, que «la faible augmentation (+4%) des recettes unitaires par touriste, exprimées en monnaie locale, masque l’impact positif de la dépréciation du dinar de presque 32% par rapport à l’euro depuis 2000. En termes réels, les recettes par touriste auraient chuté en dessous des 400 DT mettant en évidence une baisse notable au cours des dernières années. Entre 2000 et 2005, la Tunisie a perdu 5,3% de sa part du marché régional, alors que la part de la Turquie a augmenté de 9,9%. En outre, les recettes par touriste en Tunisie sont les plus basses parmi ses concurrents méditerranéens, reflétant l’image de destination à bas prix du pays».

Un endettement, endémique et hors normes !

Autre plaie du secteur touristique en Tunisie et qui représente son risque majeur, son endettement, élevé et endémique et l’important volume des créances non performantes détenues par les banques sur ce secteur. Selon l’agence de notation la dette d’un hôtel 4 étoiles en Tunisie, représente 7,9 fois son résultat d’exploitation (avant amortissement, avant rémunération du capital, avant charges financières, banques et impôts). Cela veut dire que cet hôtel devra travailler au moins sept années et consacrer ce résultat d’exploitation au seul paiement de sa dette ! Ce même ratio est de 7,1 pour un hôtel cinq étoiles. Des ratios jugés hors normes et généralement vus uniquement chez les entreprises en faillite, selon les professionnels ! Parlant des indicateurs d’exploitation et financiers par catégories d’hôtels en Tunisie, l’agence de notation estime ensuite le profit net, pour un cinq étoiles à 0,30 % et de 9,5 % pour un hôtel quatre étoiles ! Fitch affirme à ce propos que «la baisse de leur rentabilité et de leurs cash flows n’a plus permis aux entreprises lourdement endettées de faire face à leurs engagements financiers » ! Des chiffres effarants et à la lecture desquels on comprend cette frénésie de bradage des prix, ce mépris de plus en plus affiché, même par des hôtels 4 étoiles et plus, pour le service de qualité, l’adoption du all inclusive de basse échelle, tant par les gérants tunisiens que par les Tour-opérateurs étrangers qui gèrent certains hôtels tunisiens et on se demande comment les ministres des finances et du tourisme peuvent-ils dormir tranquilles !
La réponse, il est vrai, coulerait presque de source et elle est même donnée par l’agence de notation qui remarque que «les entreprises hôtelières tunisiennes ont, pendant longtemps, affiché des ratios d’endettement élevés et laissé aux banques la charge de porter presque seules le risque sectoriel». Il est vrai que nombre d'hôteliers sont depuis longtemps rentrés dans leurs frais et ont fait leur beurre. Il est tout aussi vrai que les banques ont aussi peu de soucis à se faire, puisqu’elle provisionnent à fond chaque année et se disent qu’elles finiront bien un jour de colmater toute cette brèche financière du tourisme !

Une solution et des moins douloureuses aussi !

Fitch qui remarque l’intérêt manifesté par des fonds d’investissement immobiliers pour acquérir des entreprises hôtelières en difficulté, souligne que «pour redresser véritablement le tourisme tunisien, un cadre réglementaire plus flexible doit être posé pour encourager l’action de ces fonds d’investissement et contraindre les hôtels en difficulté à restructurer leurs dettes par des conversions de dette en actions par exemple, étant entendu que le rééchelonnement de dette n’est plus approprié». Il est vrai que la solution de reprise de quelques hôtels en très grandes difficultés par des banques tunisiennes, ne semble pas donner de bons fruits !
«De telles évolutions, si elles se concrétisaient, favoriseraient la souhaitable séparation des acteurs entre la propriété immobilière des hôtels et leur exploitation, et auraient pour conséquence de professionnaliser la gestion des entreprises hôtelières, d’apporter des capitaux frais pour restaurer leurs équilibres financiers, de permettre la rénovation nécessaire des établissements et restaurer ainsi la rentabilité du secteur» termine cette agence dont ce coup d’œil extérieur sur un secteur aussi stratégique pour l’économie tunisienne, est à prendre au sérieux !.



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