La Société de Production Agricole de Téboulba –SOPAT- sera la première entreprise à faire partie du compartiment alternatif du marché financier en Tunisie. Les investisseurs auront par conséquent de nouvelles opportunités pour diversifier leurs placements, ou plutôt accroître leurs risques…En effet, ce marché est censé héberger les « petites et moyennes entreprises » ayant un fort potentiel de croissance, donc une rentabilité future élevée pour ceux qui oseront s’y aventurer ! Il s’agit ici d’investisseurs supposés prendre la relève aux SICAR’s…Un raisonnement plutôt théorique quant on sait que la majorité de ces derniers font du portage, prennent des garanties… Du côté des adhérents à ce marché, on peut aussi redouter l’absence de transparence et son corollaire l’absence de liquidité ; quant on sait que même le premier marché en souffre encore, après plusieurs années d’existence. Des appréhensions qui ne vont sûrement pas être dissipées par la simple mise en place de « Market maker » et de listings sponsors…Bref, ce qui existe dans les marchés alternatifs d’ailleurs. La question de savoir si ces mécanismes vont être efficace ou pas reste encore à résoudre !
A travers notre analyse de la SOPAT, ou du moins des informations qu’on a pu recueillir de cette société avant les communications officielles du Comité du Marché Financier, on pourrait retenir une société en pleine croissance avec de belles perspectives d’avenir. Forte de la part de marché en Tunisie déjà conquise à travers une stratégie d’intégration en amont (approvisionnement) et en aval (distribution), forte aussi de ses dirigeants et de son personnel qui a permis la maîtrise des processus de production, les certifications obtenues le prouvent. La société envisage même de s’attaquer au marché européen de la volaille !
Que cache l’environnement de la SOPAT ?
La SOPAT opère dans le secteur de l’industrie agroalimentaire depuis 1987, spécialisée dans la production des viandes blanches, elle a étendu son activité à la charcuterie et aux produits prêts à la consommation. Elle vend sous la marque « MLIHA ». D’une notoriété certaine, « MLIHA » est présente dans les circuits de distribution des denrées alimentaires de toute la Tunisie.
Cette marque pourrait néanmoins être affectée, par l’émergence continue de son principal concurrent « Poulina » ainsi que du risque majeur des maladies liées aux poulets et autres dindes qui se répandent à travers le monde. Rappelons par ailleurs que SOPAT a cherché à réduire les vulnérabilités liées à son activité en sécurisant son approvisionnement par une intégration des processus d’élevage ainsi que sa distribution, par la mise en place d’une logistique adéquate et par la recherche de marchés de plus en plus diversifiés. Les sociétés artisanes de cette intégration ont pour nom : DINDY, AVITOP, NUTRITOP, LOGITOP et RAVY.
La société, nouvellement à introduire au marché alternatif paraît doté de plusieurs atouts stratégiques : attractivité du marché, potentiel de croissance, capacité managériale, expertise et flexibilité à même de faire profiter la bourse d’un signal positif pour les investisseurs. Qu’en est-il des aspects financiers ?
En quête de ressources pour se développer !
La société paraît aussi souffrir d’une instabilité au niveau de sa rentabilité. En effet, après un exercice 2005 déficitaire, elle aurait réalisé en 2006 un retour sur fonds propres supérieur à 20% ! Des résultats tout à fait logique diront certains, digne d’un marché alternatif, caractérisé comme partout ailleurs par la volatilité des rendements et par la montée des risques.
La société paraît aussi souffrir d’un endettement élevé à court terme qu’elle chercherait à restructurer. L’objectif étant d’avoir une structure financière équilibrée, la réduction des tensions au niveau de la trésorerie disponible par la constitution d’un fonds de roulement en adéquation avec le besoin induit par l’activité.
Ceci étant, la SOPAT se dirige vers la bourse en quête de fonds alternatifs aux financements bancaires. La société envisage de poursuive la stratégie d’intégration, consolidant d’un côté son plan d’approvisionnement en intrants et cherchant d’un autre côté à en maîtriser le coût. Elle cherche aussi à s’assurer le « Capital expenditure » nécessaire au renouvellement et au maintien de ses capacités de production futures. Des choix qu’on juge réfléchit et adéquat pour cette PME qui semble avoir bien analysé les défis qui l’attendent.
L’obligation de communication des intermédiaires en bourse.
Le marché alternatif paraît bien taillé au besoin des PME’s quant à leur développement. Un marché, rappelons-le, de sociétés risquées mais aussi rentables comme l’atteste notre exemple SOPAT. Le rôle des intermédiaires en bourse est d’autant plus important, l’obligation d’information des investisseurs sur les fonds qu’ils auront à placer dans ce marché est fondamentale pour la réussite de ce compartiment, bien différent de la première côte. Les intermédiaires se devront de bien expliquer dans leurs prospectus et autres dépliants communiqués aux publics l’utilisation des fonds confiés en gestion, le risque n’est pas le même, l’investisseur petit porteur soit-il ou autre, en doit bien être conscient.