Cela fait quatre mois que TT (Tunisie Telecom) a changé de peau, avec l'entrée dans le capital du nouveau partenaire stratégique, Tecom, qui a pris 35 % du capital de l'ex-entreprise publique. Ce n'est pas officiel, mais Tecom aurait déjà entamé des discussions, pour le rachat des autres 16 % du capital qu'on lui aurait promis, deux années après les 35 %. Si cela se concrétise, il n'est donc pas exclu que TT devienne à 51 % privée, pendant l'année 2007. En l'espace de quatre mois, l'opérateur télécom a pris du poil de la bête et pris toute la mesure de son poids et de ses potentialités dans un marché où tout le monde ne joue pas clairement son rôle (concurrence et autorité de régulation). Il en est devenu commercialement plus agressif, presqu'arrogant même. Beaucoup de ses mesures et décisions en témoignent. Ses produits et ses promos GSM allant de soit dans le même rythme ronronnant qu'avant (pas de baisses faciales de prix, pas de décompte à la seconde, pas de nouveaux services multimédias…), il semble de plus en plus axer sa stratégie future sur le réseau fixe, indispensable support du réseau data, où il est le seul opérateur de fait et où il dispose du monopole absolu. Des informations, non confirmées, font état d'un entendement, avec l'autorité de tutelle depuis les premières discussions de la vente des 35 %, pour retarder le plus possible le lancement de l'AO pour l'introduction d'un second opérateur data, comme l'annonçait l'ancien ministre Sadok Rabah, dans presque tous ses anciens discours ! On passera, car nous l'avions indiqué dans un autre article, sur la décision arbitraire de TT d'arrêter la commercialisation d'un produit qu'il avait pourtant lui-même lancé et qui est le fixe prépayé. Une décision qui donnait pourtant le ton à une nouvelle vision des affaires commerciales chez TT Tecom. Une conception des affaires (et c'est normal à la limite), où le social n'a plus sa place, comme le faisait ce qui était avant la privatisation, l'opérateur national des télécommunications. On passera aussi, sur le monopole du service de renseignement téléphonique 1200, où TT détient le monopole de la base de données des 1,2 millions d'abonnés du fixe. Cependant, comme il nous l'a déjà indiqué en août dernier par la voix de M. Foley son DC commercial et marketing, TT s'intéresse de plus en plus à l'Internet. «Nous avons une grande responsabilité, en tant qu'opérateur de l'économie tunisienne, de trouver les méthodes nécessaires à l'amélioration de la pénétration de l'Internet et nous devons bien étudier le système de commercialisation de l'Internet, comment c'est vendu et surtout à quel prix» disait-il en substance. Pour qui «roule» désormais TT ? TT n'est pas encore FSI, même si les mêmes informations non confirmées ne l'écartent pas et évoquent, dans le cas où il ne le pourrait pas, un possible partenariat avec l'un des FSI de la place. Sinon, comment pourrait-il réaliser ce qu'il avait annoncé en novembre chez notre confrère WMC et se rapportant à des «forfaits ligne+appels locaux et ADSL ensemble » ? Ces perspectives de partenariat ne l'ont pourtant pas empêché d'arrêter, sur décision tout aussi arbitraire, de commercialiser l'Internet prépayé, alors que les FSI le commercialisent encore et d'arrêter même de vendre le fixe prépayé, qu'avait auparavant lancé un TT plus soucieux du pouvoir d'achat de son client. Avec TT Tecom, on raisonne en pouvoir de consommation et les FSI (ni d'ailleurs l'organisation de défense des consommateurs) ne pipent pas mot de peur de fâcher le détenteur du monopole et de passer à côté d'une affaire ! TT use ainsi de son monopole et l'on pourrait même dire qu'il en abuse. Il est en effet le seul acheteur et transporteur de la bande passante à l'internationale, dont le vendeur est l'ATI (Agence Tunisie Internet). Il est le détenteur du Backbone national et le seul (si l'on exclue Divona qui en vend, mais via satellite) détenteur et «vendeur» de tout l'ADSL tunisien. Cela n'aurait en fait pu susciter aucun commentaire, si TT était resté entreprise publique. Savoir la bande passante, locale et internationale, entre les mains de l'Etat, ne peut que rassurer. Il en est autrement, lorsque ce sera le privé, excusez-nous le mot, «étranger» (dans le sens d'une entreprise non nationale qui ne peut avoir les mêmes objectifs que l'Etat) de surcroit et entreprise qui devient de plus en plus multinationale, qui détiendra tout cela entre ses seules mains ! Ajoutons à cela l'autre élément, de non moindre importance, qui est que TT est fondateur et possède 37 % (un peu plus que la minorité de blocage) dans le capital de l'Agence de l'Internet. Si Tecom conclut la reprise des autres 16 % de TT, l'opérateur Emirati contrôlera l'Internet tunisien, en amont et en aval. En plus du monopole de la téléphonie fixe, il aura un monopole de fait de l'Internet en Tunisie ! Sera-t-il prêt à faire du social pour rendre l'Internet accessible à tous ? Il n'en démontre, pour l'instant pas la volonté ! Pour l'instant, les FSI en sont réduits à être de simples revendeurs de tout un attirail, infrastructure, débit et bande passante, que contrôle TT. C'est même lui qui décide (même s'il s'en serait par la suite excusé auprès d'eux), de leurs prix de vente au public ! Eviter la situation de «prise d'otage». Le refus de TT d'accéder à une demande (certes non formulée officiellement du fait de l'esprit non corporatif des FSI dont certains sont des fournisseurs d'autres matériels à TT notamment), des FSI en faveur du dégroupage qui leur donnerait plus de possibilités, fait que les FSI ne peuvent sortir de ce simple rôle de revendeur et ne peuvent imaginer un autre service ou contenu à valeur ajoutée à offrir à leurs clients. Cette position de mains liées, est renforcée par le refus (jusqu'à présent uniquement, on l'espère) de parler même de la voix sur IP. Combien même cela fragiliserait TT et pourrait peut-être rendre caduque son réseau filaire, le ministère n'est pourtant plus en face d'un opérateur public, mais face à un partenaire privé dont la logique deviendra de plus en plus agressivement commerciale et ira s'éloignant des objectifs, moins commerciaux et plus stratégiques, de l'Etat tunisien ! Aurait-on in-fine simplement échangé un monopole public, par un monopole privé ? De grâce, faites que ce soit non ! Il faudra pour cela sortir le contrôle du Backbone national d'entre les mains de TT et aille par exemple entre les mains de l'une des structures étatiques, restructurer la participation de TT dans l'ATI tant qu'on le peut encore, lancer l'appel d'offre pour un second opérateur data au moins et libérer la voix sur IP. Il faudrait au moins que le ministère s'explique publiquement sur toutes ces questions, des 16 %, de l'AO pour un opérateur data et d'un autre pour le fixe et des rôles de TT et de l'ATI dans l'Internet en Tunisie !
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