«Sortir au rouge» dans une banque, c’est avoir une sorte d’avance sur salaire. Une avance qui obéit à plusieurs règles internes à la banque comme personnelles pour le client. Pour le client d’abord, la sortie en rouge, c’est-à-dire, la permission donnée par la banque au client de rester débiteur en attendant le versement de son salaire, de sa rémunération ou de ses revenus en général, est toujours liée au volume du salaire ou du revenu périodiquement versé à la banque pour lui permettre le recouvrement de cette dette et éventuellement le renouvellement du permis de débit toujours, au maximum, dans la limite du salaire ou du revenu.
– Le rouge, une facilité qui bouffe l’argent des clients des banques.
Cette facilité est cependant devenue une exigence pour le salarié tunisien, manifestement habitué à dépenser plus qu’il n’en gagne. On pourrait certes trouver des explications à tout cela, comme notamment la baisse du pouvoir d’achat par rapport à des prix qui augmentent, mais le fait est là, et le citoyen tunisien s’inquiète et devient même méchant, chaque fois qu’il entend dire que les banques ont l’intention de mettre un frein à cette pratique pour endiguer la croissance galopante de la consommation. Le client sait qu’il paie cher cette pratique, mais ne semble pas prêt à s’en débarrasser. Acculés à rembourser sa dette avant de sortir de nouveau dans le rouge, certains clients crient au scandale et trouvent parfois des oreilles attentives.
On aurait aimé quantifier ce phénomène et donner une idée chiffrée sur le volume de ces crédits et sur l’ampleur de cette pratique qui, il faut bien le noter, fait vivre les banques à travers les commissions de débit et autres commission de gestion des comptes. Personne à la Banque centrale (BCT), comme à l’Association professionnelle des banques (APTBEF) et encore moins à l’Observatoire des services bancaire, ne semble avoir ces informations et ne semble même disposé à en discuter.
Tout ce qu’on a pu savoir, c’est une confirmation officielle qu’aucune banque de la place n’a donné instruction à une quelconque de ses agences d’arrêter d’accorder cette facilité bancaire. «Cela irait contre les règles de notre métier et nous n’avons aucun intérêt, dans la conjoncture actuelle du pays, à rendre la vie plus difficile aux Tunisiens», affirme notre source officielle à l’APTBEF.
– Les banques n’arrêteront jamais le rouge car il les fait aussi vivre !
Les banques vivent en effet des commissions et des intérêts payés par le client sur cette facilité bancaire. Là encore, personne, ni à l’ATBEF, ni à la BCT que nous avons toutes deux contactées, n’est disposé à nous donner un quelconque chiffre sur les montants encaissés par les banques grâce cette facilité. Il serait en tout cas absurde, pour les banques, de scier elles-mêmes, la branche sur laquelle elles sont perchées.
A l’APTBEF aussi, on dément que les banquiers aient reçu une quelconque directive de la BCT de mettre fin à la pratique du rouge. Il reste qu’il est interdit aux banques de donner plus de crédit que l’encours des crédits accordés en septembre 2012. «Le recouvrement va bien et on tourne toujours dans ces mêmes proportions», dit notre source officielle à l’APTBEF. Il reste aussi à dire qu’une des banques de la place, qu’on n’a pu identifier, a certainement dépassé ce seuil et aurait été obligée d’attendre le recouvrement pour se remettre à consentir ces facilités bancaires.
– Le silence…coupable sur les comptes gelés!
Par ailleurs, une mauvaise pratique existe encore chez les banques tunisiennes. Il s’agit, selon beaucoup de témoignages de clients, de «l’oubli» de certaines banques tunisiennes, de fermer le compte d’un client qui en a fait formellement la demande. Il reçoit en effet confirmation de sa demande et considère, non à juste titre, que cela sera fait. Que nenni. Pour la banque, c’est toute une longue procédure qu’il faut entamer qui ne pourra être clôturée que par un certificat de fermeture de compte. C’est pour cela que «l’Observatoire des Services Bancaires informe, ce mardi 11 novembre 2014, la clientèle des banques que la procédure suivie par les banques pour la clôture d’un compte prévoit obligatoirement la délivrance au client d’une Attestation de Clôture de Compte. A cet effet et afin de préserver leurs droits et éviter qu’un compte clôturé ne soit confondu avec un compte dit «gelé», les clients des banques sont appelés à demander, à chaque opération de clôture de compte, ladite attestation». Sans cette attestation, le compte continue à générer des intérêts et des intérêts de retard sur les intérêts.
Il faut nous faut enfin noter que ni l’APTBEF, ni la BCT ne voulaient ou ne pouvaient nous donner une quelconque information chiffrée sur le nombre des comptes, dits «gelés» ni sur le montant faramineux des intérêts que génèrent ces comptes pour les banques, ce qui explique leur silence sur cette question des comptes gelés et des comptes non clôturés. Un silence…coupable en somme, et une information qui pourrait ne pas tomber dans l’oreille d’un sourd ! N’est-ce pas Monsieur le gouverneur de la BCT ?
Khaled Boumiza








