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5-03-2013-19:00 : Tunis : Vidéo, pirouettes et mensonges de Rached Ghannouchi à la BBC.
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«L’homme le plus important de la Tunisie», comme l’appelait le journaliste anglais, vient d’être l’invité du dernier «HARDtalk» de la BBC, une télévision que Rached Ghannouchi connaît bien, pour avoir été, des années durant, protégé par son statut d’asile politique en Grande-Bretagne, pendant les années de braise en Tunisie, après avoir rendu son passeport soudanais, au cours des années 90.

Sans le moindre sourire, il esquivera les questions du journaliste anglais, pendant presque 25 minutes, prenant soin de ne donner aucune information sûre et définitive, parlant de manière hautaine de Chokri Belaid, poussant le cynisme jusqu’à nanifier ce que toute la place politique tunisienne considère comme un martyr. Une interview, durant laquelle, «l’homme le plus fort de la Tunisie», s’évertuera à se dédouaner de ses propres déclarations des années 90, à mentir à propos des élections d’octobre 2011 et à ne jamais dire ce qui pourrait un jour être retenu contre lui, concernant les perspectives à court terme de la Tunisie entre les mains d’Ennahdha( voir la vidéo). Décryptage.

 

- Flagrant déni d’une conjoncture explosive.

Rached Ghannouchi commencera par nier les évidences d’une conjoncture tunisienne, actuellement fortement entachée d’insécurité et de tensions. Interrogé par le journaliste de la BBC s’il considérait que la révolution a pris un tour dangereux, il répondra, placide et en deux mots secs, que «pas à ce point». Le journaliste de la BBC aura beau lui rappeler la polarisation de la vie politique tunisienne et le degré de violence politique qu’elle a atteint, Rached Ghannouchi se borne à en prendre acte disant que «la violence politique a atteint un degré inacceptable, jusqu’au meurtre (…) mais le Tunisien n’est pas violent. Il est ainsi certain que, pour cet homme dont le parti perpétrait des actes de violences depuis Bourguiba et qui exalte le Djihad armé, les quantités d’armes, de guerre, découvertes çà et là, ne signifient encore aucun danger.

- Nanifier Chokri Belaid, pour se faire grand.

Interrogé sur le meurtre de Chokri Belaid et les accusations qui ont lancées, directement, à Ennahdha, par le défunt lui-même qui dénonçait aussi les liens évidents entre le parti de Ghannouchi et les Ligues de protection de la révolution, il esquive la question en disant que «ceux qui accusent Ennahdha politisent le meurtre », avant de commettre le faux-pas de le faire lui-même. «Chokri Belaid [ndlr : il ne prononcera pas ‘’ Que Dieu ait son âme de tous les Musulmans ‘’] dirige un parti de gauche qui n’a obtenu que 2,3 ou 2,4 % de voix et pour qu’il puisse donner l’air d’être un grand, il faut qu’il accuse le grand parti», dit-il avec une moue de dédain, en réponse à la seconde relance du journaliste de la BBC à propos des accusations de Chokri Belaid contre Ennahdha. Rached Ghannouchi se glorifie ainsi sur le dos d’un mort.

- Il fait magnifiquement la pirouette.

Interrogé sur le danger des Salafistes, Rached Ghannouchi servira à la BBC un langage de bois digne de Ben Ali qui lui avait sauvé la tête de la corde de Bourguiba. «Toute pensée violente est un danger pour la stabilité et le développement (…)», «c’est un phénomène international», «tout dépassement de la loi doit être sanctionné par la loi», dit-il avant d’ajouter que «15 d’entre eux ont été tués (…) que veulent-ils qu’on fasse de plus pour qu’Ennahdha prouve qu’elle est contre ceux-ci». Il avait pourtant oublié de dénombrer toutes les autres personnes que les Salafistes jihadistes avaient tuées, à leur tour, depuis l’affaire de Soliman, en passant par Rouhiya et autres.

Il usera de son instrument favori avec les médias qu’est la pirouette, lorsque le journaliste de la BBC lui rappellera sa fameuse vidéo où il haranguait les Salafistes en leur disant d’attendre, car l’armée, le ministère de l’intérieur et l’administration, ne sont pas encore entre leurs mains, lui signifiant que cela donnait la nette impression qu’il était de leur côté. «Cette vidéo comportait 1 heure et 12 minutes et ils n’en ont montré que 8 minutes », répondit-il sans en commenter le contenu incriminé et dont il dit qu’il aurait pour but de convaincre les Salafiste de la nécessité de ne pas inclure la Charia dans la Constitution.

Nouvelle pirouette, lorsque le journaliste de la BBC lui rappelle les dernières déclarations d’Abdelfattah Mourou, lorsqu’il parlait notamment de catastrophe. «C’est la liberté d’expression à Ennahdha, chacun peut dire ce qu’il pense, mais ce sont les structures qui commandent », se contente-t-il de répondre, sans dire un mot sur ce que voulait dire le vice-président d’Ennahdha lorsqu’il parlait de l’entêtement de ce parti à ne pas changer.

- Insaisissable, il refuse de donner une quelconque garantie de ce qu’il annonce.

Le journaliste de la BBC le questionnera ensuite, à trois reprises, sur la feuille de route pour la rédaction de la Constitution et l’organisation des élections, allant jusqu’à lui rappeler que les Tunisiens croient qu’il joue sur le temps pour rester encore plus au pouvoir. Il dira que «d’ici le printemps, l’écriture de la Constitution sera terminée, d’ici la fin de l’été, en octobre, les élections seront organisée, au 2ème anniversaire des élections d’octobre 2011». Par trois fois, le journaliste de la BBC lui demandera s’il donne garantie de ce qu’il annonce. Il se refusera toujours à le faire, se limitant à dire que «c’est notre programme. C’est une proposition d’Ennahdha, qui doit faire l’objet de l’accord de tous». La Tunisie attendra donc, à bien le comprendre, que la poule ait des dents !

- Protéger la famille, même en disant la chose et son contraire.

Le journaliste de la BBC, parlera à Ghannouchi du «Sheraton-gate» et du poste de Rafik Abdessalem Bouchlaka qu’il ne doit qu’à son lien de parenté avec ««L’homme le plus important de la Tunisie». Ce dernier fera alors l’éloge de son gendre, de ses combats et de ses compétences, en revoyant l’affaire du côté de la justice. «Nous sommes contre le fait d’accorder un poste de responsabilité à une personne en raison de ses liens de parenté. Mais nous sommes contre le fait de ne pas donner un poste de responsabilité à une personne en raison de ses liens de parenté », dira-t-il. Il répètera cette diatribe incompréhensible, qui dit la chose et son contraire, lorsque le journaliste lui demandera, une seconde fois, s’il compte tenir sa famille loin du pouvoir, comme ne le faisait pas Ben Ali. Ghannouchi dira même que le mari de sa fille ne figurera pas dans la prochaine équipe gouvernementale, avant de se raviser pour préciser qu’il ne sera pas au même poste, car les ministères de souveraineté ne seront plus entre les mains des politiques.

- Mensonges éhontés de Rached Ghannouchi.

Ce qui attire le plus, dans cette interview, ce sont au moins deux mensonges proférés par «l’homme le plus important de la Tunisie». Y passeront, ainsi, la légitimité gouvernementale et ses anciennes menaces contre les Etats Unis d’Amérique.

Le premier, c’est lorsqu’il maintient que les élections d’octobre 2011, étaient, non uniquement pour écrire la Constitution et préparer les élections comme il est expressément indiqué noir sur blanc dans le texte du décret-loi de la Constituante, mais pour gouverner.

Le second est lorsque le journaliste lui rappelle la vidéo de son discours, au Soudan, en 1990, où il traitait, comme le montre la vidéo, les Etats Unis d’Amérique d’ennemi de l’Islam, menaçant même de les détruire. Il osera dire que «ce n’est pas moi, c’est Bush» ! (Voir Vidéo)

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Il est, ainsi, presqu’inutile de rappeler ce dicton arabe qui parle de faire ce qu’on veut, lorsqu’on n’est étouffé par rien.

Khaled Boumiza.





 

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